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“ dark room ” ft. oz

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la nuit je mens, à Paris je me fonds

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MessageSujet: “ dark room ” ft. oz   Mar 10 Nov - 20:53



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En rentrant chez lui, il ne s'attend à rien. En passant la clef dans la serrure, il se dit qu'il va simplement s'affaler sur son canapé, gueule la première dans le coussin à grogner sur cette soirée qui devait pourtant bien se passer. Puis à changer de sujet aussi vite qu'un colibri battant de ses ailes. Il sait qu'il va s'endormir une heure ou deux, se réveiller pour fumer une cigarette à la fenêtre, peut-être se faire un café puis venir gratter la tête de son chien du bout des doigts. Il va finir dans son lit, au bout d'un moment, quand le soleil se lèvera pendant qu'il se lovera contre sa couverture défaite. Il ne voit rien, ne perçoit rien si ce n'est une ennuyeuse soirée dans le plus déplorable des mondes. Il pince sa lèvre inférieure, racle le fond de sa gorge pour se l'éclaircir puis, une fois le bois grinçant sous le coup de l'ouverture, il papillonne des cils. Il entend une voix, elle résonne, elle claque, explose et implose contre les murs. C'est que ça chante entre ces lieux, ce n'est pas un esprit démoniaque qui saurait chanter si simplement. Il s'arrête, sent son coeur prendre une allure plus débridée, décalée. La gargouille ne saurait laisser quelqu'un entrer dans sa caverne aux merveilles. Et il n'entend pas Oz. Oz qui gueulerait à outrance, qui aurait déjà arraché le bras du quelconque personnage ayant brisé les carreaux de sa fenêtre pour y entrer - et y prendre vraisemblablement une douche. C'est à ne rien à y comprendre. Il reste béat, idiot le Milo, sans trop comprendre la nature de cette infraction. Et ça ne ressemble pas à l'autre tête blonde sans foi ni loi. Il ne s'attend à rien, en revenant ici. Il ne s'attendait à rien, en passant sur son territoire. Il déglutit, vient à serrer ses poings pour prendre son courage à deux mains - pour au moins y croire, même si la mort ne saurait s'accommoder de son âme pestilentielle. Il se rapproche de la salle de bain, et sans crier gare se fraie un chemin dans la buée. L'eau chaude dégage cette ambiance de boudoir, elle clapote contre le carrelage, forme des flaques minuscules ou plus grosses, donnant presque à ce lieu l'allure d'une galerie de miroirs.

Ce n'est pas un visage. Ce n'est pas un sourire. Pas même de grands yeux. Juste un dos ruisselant, dévoilant un tatouage aussi grand que son propre bras. Un arbre s'y dessine avec la finesse d'une estampe Japonaise. Pas de couleurs. Seulement du noir qui gangrène les muscles, s'approprie cette chair d'ivoire pour la souiller de ses traits. Une immense dureté pour un corps pourtant si frêle accompagné d'une chevelure tombante, quelques boucles s'y rebellent et frappent sur les épaules. Il continue de déblatérer son anglais sans accent, et lui, lui le coupe dans son élan parce qu'il n'est pas assez passionné pour écouter. « Putain d'merde, tu fous quoi sous ma douche ?! » Voix pesante, il reste devant la voie de sortie pour l'empêcher quelconque fuite à travers son foutoir ambulant. Il fronce les sourcils, le dévisage alors que sous la surprise il se fait couper la langue, se retourne. Traits délicats, la tétanie s'empare des iris de l'étranger qui retient un tremblement, serre les dents et dévoile avec une certaine candeur inconsciente son anneau calé sur son nez. Combes prend une inspiration, regarde à gauche, puis à droite, en arrière. Il ne l'entend toujours pas. Aucune tache de sang pourtant. Il change presque de couleur, sent la frayeur s'emparer de ses entrailles. « ... Et t'as fait quoi d'mon clébard ? » Ses paupières se redressent un peu plus, il ne se sépare pas de son regard. Il ne comprend pas. Il ne la cernera jamais. Cette nature humaine qui assassine des enfants à la sortie des écoles. Celle qui pousse à l'obsession des cannettes en aluminium. Celle qui a emmené un angelot à profiter de sa cage en verre.
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MessageSujet: Re: “ dark room ” ft. oz   Mar 10 Nov - 22:32

FALLING SLOWLY FOR THOSE EYES THAT KNOW ME.

Ses muscles se détendent doucement, il s’étire et passe une main dans ses cheveux. Ils restent constamment soyeux, ça c’est quelque chose qu’il n’explique pas, tout comme beaucoup d’autres choses dans sa vie. Il ferme les yeux, puis pousse un long soupir. Milo est parti depuis deux heures, d’après ce qu’il a compris il ne devrait pas rentrer avant tard. Très tard. Ca lui laisse le temps de prendre une douche et de casser la dalle. Il avance vers la salle de bain, reprenant doucement le contrôle de ses jambes. Ses orteils viennent inconsciemment se glisser dans les poils du tapis. Il sourit doucement. Il entre dans la salle de bain, laisse la porte grande ouverte pour que la buée s’évapore plus rapidement. Milo ne doit jamais savoir que quelqu’un d’autre que lui a pris une douche dans sa salle de bain. C'est pas comme si quelqu'un risquait de le surprendre nu comme un verre sous la douche. Il entre dans la cage de vers, s’appuie contre la paroi et passe les deux mains dans ses cheveux en les rabattant en arrière.
Il fredonne pour commencer. Ses yeux se ferment, sa langue se délie, et il appose des mots sur quelques mélodies imaginaires. Il sourit. Son anglais glisse sur la peau, démêle son cœur et arrondit les angles de ses griffes. Il regarde ses mains. Elles ont disparues. Ses mains l’hypnotisent. Il ferme les yeux, puis se remet à chanter, plus tristement, plus doucement. Ca vient résonner et claquer contre les parois de la vitre. Ca se fracasse et ça fait un bien fou. Il respire, pousse un long soupir, et sourit encore. Il vient emprunter une noisette de savon à Milo, vient se laver le corps en essayant d’oublier les poils, qui restent, en temps ordinaire. Il déglutit, et entame une autre chose. Plus connue, plus souple. Les détails du chant viennent se glisser un à un entre ses lèvres sous sa langue. De ces chansons qu’on a tellement écoutées étant petit aujourd’hui on n’explique pas d’où on connait les paroles, de comment la mélodie peut bien sortir de manière juste de notre corps. « Just about the lemon treee ... » Il chante, encore.
Il finit par sortir de la douche. Il croit entendre un bruit, mais il se trompe, sûrement, il attrape une serviette
« Putain d'merde, tu fous quoi sous ma douche ?! »
Il sursaute violemment. Il s'arrête. Il écoute son coeur.
A l’intérieur, il le sent qui rebondit dans tous les sens et qui vient s’arracher seul, hors de sa poitrine. Saleté de coeur en carton. Inutile.
C'est l'affaire d'une fraction de seconde, ce coeur à la con. Il se retourne immédiatement.
Il le regarde, il ne voit que le blanc, il a l’esprit livide et le visage vide. Il sent des crampes dans tous ses muscles, il sent sa mâchoire qui se serre. Il peut même pas voir le visage de Milo, ni le comprendre. Ses poings qui tremblent. Il est nu, totalement nu.
Il s’imagine à la rue, il s’imagine retourner au squat, retourner à la SPA. Partout ailleurs sauf ici. Et lui veut être ici. Il imagine, on peut pas l’empêcher de visionner le pire, d’être devant la caméra du diable. Il fixe Milo. Son maitre, son seul et unique tout. Il le fixe et ses yeux restent écarquillés, sa bouche fermée, ses mains attachées à la serviette.
« ... Et t'as fait quoi d'mon clébard ? »
Oz bat des paupières.
Il est tétanisé. Il est paralysé. Il a mal, peur, froid, chaud, aride, horrible, en état de mort cérébrale. Il ne peut pas parler, il ne peut pas bouger, il ne peut que fixer le visage un tant soit peu choqué de cet homme. Il ne peut pas, il ne sait pas, il ne sait rien et capte que dalle. Cet homme qu’il regarde pour la première fois en face. En face à face, d'homme à homme. Mais quel cauchemar, mais quelle calamité putain.
Il ouvre la bouche. Il pourrait dire quelque chose, mais sa gorge est serrée et rien n’en sort. Il va se mettre à pleurer, il ne veut pas retourner dehors, nan s’il vous plait nan … il ferme la bouche, se mord la lèvre. Rien n’est suffisant, aucune excuse, aucune possibilité. Il a la tête qui tourne, les responsabilités et les secrets qui l’accablent. Il a mal partout. Il a mal partout, les crampes deviennent insupportables. Ses pieds le tirent, sa nuque se raidie.
Il ne le regarde pas, il se transforme, en un quart de seconde. Il est là, au sol, à terre entre la vie et la mort. Entre la vie et le dehors.
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MessageSujet: Re: “ dark room ” ft. oz   Mer 11 Nov - 10:43



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Manquait plus que ça ; plus qu'un uppercut en pleine gueule pour lui faire comprendre que tout est relié à une seule logique, et que la sienne indéniablement défaille plus qu'une autre. Quel autre homme sensé viendrait ici, dans le quinzième, pour aller dans un appartement au hasard et prendre place sous son pommeau ? Dans un autre monde, peut-être. Pas sur cette terre au mille horreurs et merveilles. Il n'a pas le temps de voir le coup venir, encore moins de le sentir s'écraser sur sa joue creuse. Il regarde, c'est tout. Le changement, cette transformation qui échange pieds pour pattes, nez pour museau et peau pour une fourrure soyeuse bien que trempée - donnant à l'animal une dégaine de rat. Il reste planté là. Sans bouger, sans ciller une seule seconde. En plus d'une éternité, les informations ont encore du mal à passer, surtout quand tout se mélange et va bien trop vite pour cette vieille carne. Il inspire. Premier souffle de remise à la réalité. Il expire. Second souffle de prise d'éventuelle parole. Un bâtard aux poils gris lui fait face, l'implore de ses grands yeux clairs tout en s'évertuant à ne pas couiner. Il tremble dans ses propres os, recule jusqu'à se faufiler sous le lavabo. Qu'il se cache. Il n'ira pas bien loin, et Milo se veut le meilleur dans ce domaine. Trouver les enfants perdus. Et pourtant, il n'a rien de ce Peter Pan qui totalement inconscient dégaine son fleuret pour taper dans la moustache du capitaine avare. Qui est-ce ? Pourquoi ? Il le sait déjà. La réponse pourtant si claire, se floute peu à peu pour ne lui offrir qu'une migraine insupportable qu'il tente de chasser d'un mouvement maladroit de tête. Son palpitant gonfle en même temps que son estomac qui se serre, ne devient qu'une pelote de laine avec laquelle un chat aurait bien trop joué. Finalement, il n'y a pas qu'un monstre, et quand celui-ci supplie les étoiles pour avoir quelqu'un à ses côté, elles y répondent de manière pernicieuse. Ni de sang, ni d'écailles, ni de dents pointues, ni vêtu d'une cape noire ; il se terre sous son apparence nouvelle. Celle d'un bâtard qui vient se lover contre lui lorsqu'il a le cafard, qui passe sa langue râpeuse sur son visage pour le réveiller de bon matin, qui saute sur lui lorsqu'une envie - bien que minime - de jeu l'anime. Il est où son bestiau ? Il est là, à vouloir se faire tirer une balle entre les deux yeux plutôt que de rester là.

En cinq ans, il n'a pas vu. En cinq ans, il n'est pas arrivé à comprendre, trop égoïste sans doute par sa propre personne pour pouvoir remarquer qu'une autre créature profite de ses soins. Tout prend sens. Les autres qui râlent à cause de paroles trop fortes quand le soleil est haut dans le ciel, de ce bout de métal ayant souillé sa pauvre truffe. Et Milo ne sait pas, ne sait plus comment se sentir. Là où la trahison devrait pourtant l'assaillir, il la laisse s'estomper pour que l'incompréhension l'envahisse. Est-il si monstrueux ? Si mauvais maître pour qu'il ne daigne pas lui accorder sa confiance ? Meilleur ami de l'homme, il l'est à bien des égards. Néanmoins le doute, sa remise en cause l'attaque à la gorge. Il se la racle avant de passer une main hasardeuse dans sa tignasse de jais. « ...bon, t'as l'choix. Soit tu m'donnes des explications, soit tu restes comme le dernier des cons là-d'ssous. A toi d'voir. » L'approche est à revoir, puisque la délicatesse ne fait pas partie de ses capacités. Combes est le robot du manque de tact, de la franchise qui pique et de l'ignorance la plus totale. La connerie. Le connard gentilhomme. Il reporte son attention sur l'animal qui n'a donné aucune réponse. Alors ses traits s'adoucissent, un rire sec s'évertue à faire vrombir ses cordes vocales. Sans trop penser, il attrape une serviette, se glisse en tailleurs face à Oz. Oz le quelque chose. Il n'a même plus la dénomination de sa nature tant les phrases lui manquent aux lèvres. Il passe le bout de sa langue dessus, glisse le linge sur son pelage imbibé de flotte. Il détaille son image sans se lasser, le perçoit sous un autre éclairage. Il n'a pas eu le temps d'imprimer totalement son autre forme. Ou peut-être est-ce celle-ci, l'autre ? Subitement, tout est trop compliqué pour lui. Alors il arrête avant de basculer dans des théories peu subtiles. Il ajoute, tout en déformant son visage avec un sourire tendre. « Manquerait plus qu'tu chopes la mort, déjà que t'as dégueulassé le carrelage. » Il frotte avec vigueur pour éponger l'amas de gouttes. Est-ce que lui pourrait le juger ? Lui la gargouille qui se pétrifie quand il le souhaite ? La gargouille qui a beaucoup trop croisé, percé, vu. Celle qui sait. Sait que parfois, le profit de l'amour est aidé par un masque de glaise.
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MessageSujet: Re: “ dark room ” ft. oz   Jeu 12 Nov - 13:03

FALLING SLOWLY FOR THOSE EYES THAT KNOW ME.

La forme animale a ses avantages. Ils sont bien plus nombreux que les inconvénients. Il peut se recroqueviller en boucle dans le canapé, il peut disparaitre, se fondre dans la masse, il peut aller plus vite, il pense moins, rêve moins, réfléchit moins. Il se laisse porter et transporter, le temps passe plus vite. Comme s’il était figé dans la neige. Une neige grise, froide et cotonneuse. Il ferme les yeux, ne supporte pas de le regarder. Il entend nettement son cœur qui bat, le bruit des gouttes qui tombent encore le long du pommeau de douche jusqu’au sol. C’est si net que ça lui donne le tournis. Il baisse la tête, voudrait couiner, et en est strictement incapable. Il voudrait implorer pardon. Pourquoi doit-il toujours se faire abandonner dans une salle de bain ? Ca fait mal putain, il veut pas. Il veut pas retourner dehors.
Il vient se caler contre le lavabo, s’allonge en boule et ne bouge plus. Comme un animal qu’on viendrait de frapper, comme un enfant à qui on aurait dit trop de mal. Il ferme les yeux et pose son museau sur ses pattes. Il veut disparaitre, se fait le plus petit possible et se cale contre le carrelage de la salle de bain. Près des tuyaux, l’odeur des canalisations remonte, lui donne envie de vomir. Il a un haut le cœur, revoit sa mètre dégueuler sa haine dans la cuvette des wc. Il ferme les yeux un peu plus. Fais moi disparaitre Milo … T'es magique non ? Il a mal partout. Il comprend pas comment il a pu être aussi con, comment il a pu être aussi imprudent. Il l’a été, pendant tellement longtemps quand il était à la rue, il pensait que ça allait lui passer. Y’avait pas de raisons qu’il rentre à cette heure là, c’était pas possible, c’était strictement impossible. Il a envie de se frapper la tête contre le mur, le plus fort possible, laisser partir ce sentiment de culpabilité qui le fait crever de rage. Il serre les dents, le plus fort possible, ses canines viennent se glisser contre sa mâchoire, pour que le goût métallique vienne éponger son angoisse naissante, sa phobie lancinante.
« ... Bon, t'as l'choix. Soit tu m'donnes des explications, soit tu restes comme le dernier des cons là-d'ssous. A toi d'voir. » Putain Milo arrête, tu fais mal, tu fais vraiment mal. Le dernier des cons, c’est facile à dire quand on a une vie facile comme la tienne, quand on capte pas les problèmes du commun des mortels. Mais ah, j’oubliais, j’suis pas du commun des mortels. J’suis qu’un monstre, une bête difforme, je sais c’est con à dire comme ça, j’ai pas d’autres explications. T’es si supérieur, si au-dessus de toutes ces merdes. Il a mal, si mal qu’il pourrait lui sauter dessus, le mordre, pour faire passer la douleur. Ca marcherait pas, il se terre un peu plus contre le carrelage. Dans le coin de son œil, il le voit, lui qui vient se marrer, sans raison, puis s’asseoir à côté de lui, prnedre une serviette, et la passer sur le corps flétri du chien. « Manquerait plus qu'tu chopes la mort, déjà que t'as dégueulassé le carrelage. » Il sursaute, il a peur, un quart de seconde. Et puis, il tourne la tête. Il voit Milo, Milo qui le regarde avec un rien d’amusement, et une grosse partie de je m’enfoutisme. Une pointe de compassion peut-être. Des explications … Des explications il pourra pas en donner, il en a pas la moindre à fournir. Oz ferme les yeux il se cale contre lui, pour qu’il ait le moins mal possible. Ca marche, un peu. Il pourrait pas fournir d’explications. Il voudrait parler. Il devrait parler, dire un truc, s’assumer un peu.
Se défendre. Ne plus subir d’avocat muet. Essayer, un peu, de sortir la tête de l’eau. Il a peur, il tremble et il a froid. Et il se transforme. Rapidement, sans se laisser le temps de penser que c’est une très mauvaise idée. C’est rapide, il a à peine le temps de se rendre compte qu’il est sous sa forme humaine, dans les bras de milo. Recroquevillé, emmitouflé dans une servite trempée. Il a le nez plongé dans sa chemise, les jambes croisées, calé contre lui et incapable de le regarder. Ses mains viennent s’accrocher à ce qu’elles trouvent, un bras, un col. La voix est cassées.
« T’étais … pas censé … rentrer aussi … tôt. »

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MessageSujet: Re: “ dark room ” ft. oz   Jeu 12 Nov - 16:28



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Il n'était pas censé rentrer aussi tôt. Il a raison. Il n'était pas censé être là pour le retrouver dans un état aussi déplorable autant que touchant. Il n'était pas censé passer la porte et découvrir ce spectacle plus que singulier. Dans bien des histoires, il n'est pas censé avoir ceci ou cela. Pourtant, sans ce retournement de situation, toute saveur à l'existence, au noeud du problème est enlevé sans crier gare. Bien vite, l'animal revient sous sa forme presque originale, ou du moins ce qui ressemble à la sienne. Frêle et fragile, il se love dans ses bras fins pour mieux y trouver une chaleur perdue, descendue au moment précis où il a ouvert sa grande gueule de gargouille. Il torture sa lèvre inférieure, le Milo. Culpabilisant un peu sans doute. Il frotte, continue son éternel mouvement dans son dos pour lui offrir ce qu'il lui vient de lui enlever ; toute cette confiance qu'il avait en se baladant à quatre pattes. Tant bien que mal, il tente de remettre ses idées en place. Il revoit ces moments où il a passé ses doigts sur son pelage, où il lui a lancé de quoi rattraper pour lui rapporter. D'un chien à son maître, d'un humain à un bestiau velu et qui grogne, parfois. Cocasse comme situation. Pour peu, le rouge lui viendrait au joue. Pourtant rien, il n'en ressent presque aucune gêne et celle-ci n'est pas décidée à torturer les rouages de sa mécanique interne rouillée. Il inspire profondément, expire cet air qui intoxique ses poumons vieillots, craquelés. Sa main droite reste sur la serviette, quant à l'autre elle vient se lover délicatement dans sa nuque, raide pour la masser du pouce. Il entend son coeur battre, paniquer au fond de sa cage thoracique en sucre. Il va fondre, Oz. Il va se dématérialiser sur son sol humide. Le change-peau serait donc si susceptible de claquer en un mouvement de doigts ? A trop souffler sur la bougie, elle s'est éteinte, il s'est brûlé par la même occasion. Pauvre Icare, fou de son soleil, incapable de pouvoir l'enlacer sans s'éteindre au fond de son centre. Ses ailes à lui ne sont plus là, coupées pour l'empêcher de voler. Il s'est torturé seul, s'est infligé cette punition par son propre chef. Et tout ça, à cause de cette douleur, celle qui lancine la chair, qui la transforme en une bouillie infâme et malodorante. Celle qui le rend malade, celle qui pourrait le faire dégueuler sur ses vêtements. Il tremble, il casse, il ne tient pas ce plein d'émotions. Il retombe.

Il y a cette voix, ce timbre qu'il n'a jamais entendu émanant une douceur sans nulle autre pareille. Cette parole saturée qui lui file un frisson dans le creux du dos. Là où il était habitué aux aboiements, un nouvel être s'enveloppe dans sa coquille en néant. Un instant ses paupières se ferment, il se concentre sur sa respiration castratrice qui se fait un chemin entre les pores de de sa peau et la pièce. Plus rien n'a d'importance. La bulle se forme, épaisse, ne saurait faire passer aucun son plus distinct si ce n'est celui-là. Combes l'avait adopté, Combes avait accepté son amour et de lui en donner en retour, Combes avait signé et l'avait embarqué dans le quinzième. Ce ne doit pas être si différent. En fait, ça ne l'est pas du tout. Intérieurement, tout s'apaise, tout cesse de marcher, le bouton arrêt a été enclenché et il pourrait sans doute s'endormir contre cette entité menteuse. « Et toi t'étais censé jouer la comédie encore longtemps. » Un rire sans peine échappe de ses lèvres fines, ses yeux revoient le jour et détaillent avec attention le dos recroquevillé du monstre qui se niche dans son cou. Il n'est pas bien grand, ni bien gros. Ni bien quelque chose finalement. Il est, Oz, il est quelqu'un et s'avère autant capable de souffrir qu'un autre. Même plus, en tant que chien. Ne sont-ils pas réputés pour leur empathie après tout ? Il sent son jean se mouiller au niveau de ses genoux, de la totalité de ses jambes et ses pompes en cuir vont prendre un sacré coup. Tant pis. « Mais là on est plus dans le c'qui aurait dû s'passer. Là on est dans le c'qui vient de s'passer. Et j'comprends d'jà plus grand-chose. » Qui es-tu ? Qu'est-ce que tu es exactement ? Pourquoi as-tu fait ça ? Un point d'interrogation gigantesque évolue en son crâne, fait pression. Il se recule, rien que pour exploser la dernière barrière. Enfin. Des joues rebondies, un piercing, des oreilles qui montent, un nez droit, des lèvres rosées, des cils qui volettent. « Qu'est-c'que tu fuis ? La NASA ? Le FBI ? T'es un psychopathe recherché ? Un type qui connaît l'secret de l'immortalité ? » Une seconde suspendue. « T'étais censé t'marier et tu t'es barré à l'autel ? » La voie de l'humour, aussi douteux soit-il, vaut bien mieux qu'une morale lourde et sans sens aucun. Il reste toujours à apprivoiser, et il n'est pas acquis, encore moins en sachant qu'il est de sa nature - ou presque. A cette vie chienne qui vient de leur dévorer les yeux.
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MessageSujet: Re: “ dark room ” ft. oz   Mar 24 Nov - 8:47

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Il voudrait s’endormir, là. Ce serait si facile. Le torse de Milo est chaud, rassurant, un peu plus grand. Oz a toujours été menu, toujours été un peu à part et un peu frêle. Les gens plus grands que lui, plus épais, plus trapu, ça fait légion. Il se serre contre Milo. Il se fout de savoir si c’est juste ou pas, si c’est ce qu’il devrait faire ou pas. S’excuser, pour cinq années foutées en l’air. S’excuser pour avoir été le meilleur ami de l’homme. Un homme qui n’est pas comme les autres, c’est l’évidence même. Un homme qui aurait besoin qu’on le comprenne, tout en voulant rester incompréhensible. C’est quelque chose qu’Oz a assimilé à travers les années. Milo est à part. Milo est Milo. Milo n’a besoin de personne, même pas d’un chien. Il se serre contre lui. Il voudrait penser que son maitre a besoin de lui. Qu’il est indispensable à sa survie. Mais bien sûr, rien ne marche jamais correctement. Rien ne tourne jamais rond.
« Et toi t'étais censé jouer la comédie encore longtemps. » C’est pas ma faute Milo, t’as adopté un chien, pas un être humain, qu’est-ce que tu voulais que je dise. Comment tu voulais que je le dise. Y’avait-il même le moindre moyen ? Il n’a pas envie de retourner dehors. Pas envie de retourner dans ce squat qui l’aurait fait mourir du thétanos. C’est différent. Un chien et un homme c’est pas la même chose, Milo a beau être l’homme le plus tolérant du monde, c’est différent, c’est une réalité. Il va flinguer sa vie, comme il est en train de flinguer ses pompes. Mais il veut pas retourner dehors. « Mais là on est plus dans le c'qui aurait dû s'passer. Là on est dans le c'qui vient de s'passer. Et j'comprends d'jà plus grand-chose. » Oz a mal au cœur. Il a envie de vomir, il se dégoûte, il se hait, il se hait si profondément. Pourquoi a-t-il eu ce don du ciel. Ce don du ciel, ce don des enfers, ce don maudit, ce don à la con putain. T’inquiètes pas Milo, lui non plus comprend pas grand-chose, lui non plus rame complètement. Il a mal à la tête. Et il le serre, le plus fort possible, le plus fort possible pour que tout s’envole autour de lui, et qu’il n’ait pas d’informations à fournir. Pas d’explications à donner.
Il se recule. Non. Non putain non Milo fais pas ça s’il te plait … Le masque d’Oz tombe, il baisse la tête, regarde ses doigts qui sont venus se triturer les uns les autres. Ses doigts roses qu’il n’a pas étudiés depuis longtemps. Il fait bouger ses doigts, comme après une crampe. Timidement, doucement. Avec la peur de se faire mal. Il regarde pas Milo. « Qu'est-c'que tu fuis ? » Nan s’il te plait pose pas la question, je sais même pas c’que j’fuis. « La NASA ? Le FBI ? » Il sent les larmes lui monter aux joues. Si seulement c’était aussi simple. « T'es un psychopathe recherché ? Un type qui connaît l'secret de l'immortalité ? » Milo tu vas le tuer arrêter. Tu vois pas qu’il a mal au cœur, qu’il a envie que tu le laisses seul ? Qu’il a envie que t’arrêtes de le faire chier avec tes questions ? Il a besoin qu’on le prenne dans ses bras. Ce gosse, ce gosse de vingt-cinq piges à qui on a jamais appris à grandir. Il a besoin d’affection, qu’on lui dise qu’on est là pour lui. « T'étais censé t'marier et tu t'es barré à l'autel ? » Qu’est-ce que tu fous Milo. Il a les larmes aux yeux, la boule dans la gorge, du mal à respirer. Son souffle est sifflant, ses oreilles bourdonnent. Il se sent profondément nu. Il se sent profondément indésirable. Il regarde ses mains, essaye de se retenir, mais la boule dans sa gorge lui brule les cordes vocales, l’empêche de respirer. Il a besoin de la laisser partir, ou il va mourir de tristesse, de peur. Il baisse un peu plus la tête et éclate en sanglots. Il rabat ses deux mains sur son visage, s’il te plait Milo le regarde pas. Il pleure, il pleure, bruyamment, il a besoin de laisser évacuer cette putain de tension. Et entre deux soubresauts il glisse « J’v… J’veux pas r’tourner … de … de… dehors… » Il explique pas pourquoi. Il a peur, il a infiniment peur. Il veut pas qu’on lui pointe encore un flingue sur la gueule. « J't'en supplie ...»

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