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nights should last forever - Adriel

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la nuit je mens, à Paris je me fonds

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MessageSujet: nights should last forever - Adriel    Ven 30 Oct - 18:33

nights should last forever
Bordel, qu'il lui manque. Des nuits enfilées à chasser au détour des ruelles, à ne ramener aucune proie, fantasme inachevé. Des nuits loin de lui, il ne compte même plus les heures du jour où il a pu le croiser. Elles lui semblent si éloignées, comme depuis des années. D'insomnies en chasses avides, il n'a pas dormi depuis des jours, jamais plus de quelques heures, et ses cernes se colorent d'un noir dangereux. Les cigarettes s'enchaînent, et un coup d'oeil sur son téléphone le décide, au même moment où Maxime se décide à le héler « Tu l'as pas vu depuis quand, le petit anglais ? », elle le voit dans ses yeux sans doute. Ou dans son corps qui se balade comme de marbre, la tension qui s'accumule sur ses épaules jusqu'à le transformer en statue inerte. Il pianote du bout des ongles, les iris fixés sur l'écran, on se voit ce soir? Dans un des bars habituels, si tu veux. ; « Quelques jours, je crois. » Les heures se confondent, il retient celles où il voit Athénaïs, et au delà tout s'embrouille.

C'est avec la gamine dans ses pattes qu'il écoute Maxime râler sur sa garde-robe. Son appartement est un grand foutoir avec peu de choses, des tas de portes barricadées à l'accès codé où il dissimule le terrain des horreurs aux yeux de sa fille, et ses vêtements sont en effet un désastre. C'est devenu une blague entre eux, une habitude depuis des années, et elle était un peu plus grand Maxime le traînerait par les cheveux dans les magasins. Tout est troué, ou délavé. « Tu ne peux pas mettre ça pour un rencard. » Yeux au ciel, il jure dans sa barbe, tout bas pour que l'enfant ne comprenne pas, puis fusille l'autre demoiselle qui rouspète. Encore et toujours, une putain de litanie qui rythme ses journées. Il n'a même pas le temps de marmonner que ce n'est pas un rencard qu'Athénaïs s'agrippe au bras de son père, un sourire placardé sur le visage. Cette gosse, c'est le symbole du bonheur, un petit ange débarqué sur terre. « T'es amoureux 'pa ? » Et merde, ben voilà. Bien joué Maxime. Il soupire, essaye d'expliquer mais la brune fière de sa victoire prend la petite par la main et s'évertue à lui expliquer. La guerre est perdue, et mauvais perdant Camille attrape les fringues choisies et se glisse dans la salle de bain en ronchonnant avec vulgarité. Quand donc le lâchera-t-elle avec ça ?


La nuit tombe, comme à chacune de leurs retrouvailles, et il laisse ses yeux traîner pour le trouver. Comme d'habitude, il le devine rapidement, le retrouve, et sa marche s'accélère, il arrache ses écouteurs d'une main et les laisse pendre contre son torse avant d'ouvrir les bras, à quelques centimètres de lui. Il a sans doute l'air con, ou l'air d'un enfant trop content. « Adriel ! » Une accolade, un truc qui brûle un peu trop le cœur, et Camille se recule avec un sourire. Ça fait des années qu'il ne peut s'empêcher de le dévorer du regard sans prendre garde. Un jour, tout le monde saura, même lui. Surtout lui, qui s'ignore, qui supprime ses envies cruelles. Une pure envie de l’attraper, de le coller contre lui, mais il retient, toujours, et culpabilise quand il se retrouve entre des draps payés pour une nuit ou quelques heures. Il l'observe tant qu'il commence à deviner ; quelque chose cloche. Ses traits ne se tirent pas, se figent et s'animent à des mesures différentes d'avant. Il le connaît par cœur, quelque chose ne va pas. Si seulement lui-même ne puait pas le sang des monstres, peut-être pourrait-il comprendre, sentir cette chose âcre qui s'étend sur la peau de l'autre. Trop plongé dans sa chasse, dans sa course contre l’invincible vérité, il ne se pose pas les vraies questions. Quelques secondes ses doigts s'égarent sur son épaule, un peu trop longtemps, un sourire éclatant. « Direction le bar ! » Profitant de sa proximité, il le pousse avec légèreté sur le trottoir pour avancer, avant de prendre quelques pas loin de lui. Contemplation rapide, un air soucieux qui ne lui sied guère. « T'as l'air crevé. Je parie que tu fais trop la fête sans m'en parler, lâcheur ! » Ou alors c'est juste un vampire. Mais ça non, ça ne lui monterait pas au crâne.  
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MessageSujet: Re: nights should last forever - Adriel    Ven 6 Nov - 21:21


LES NUITS PÂLES

Adriel avait peur d'oublier une chose très précise dans son quotidien, une chose stupide que les gens normaux voudraient volontiers oublier, quelque chose dont il avait peu ressenti l'importance jusqu'à aujourd'hui, qui lui avait même quelque fois paru agaçante, voire pénible. C'était la notion du temps. Il avait peur de ne plus savoir le jour de la semaine, le jour, le mois, l'année. De perdre ce marqueur chronologique et de vivre dans un temps continu, toujours pareil à lui-même, simplement marqué par la nuit et le jour, par la possibilité d'aller dehors et l'obligation de rester dedans. Ou alors seulement marqué par la nécessité de la soif. Il avait peur de devenir un être éternel. Ce qu'il était. Le temps était devenu l'un de ses critères de normalité et d'humanité des plus importants, et quand il se sentait dérivé dans une sorte d'hors temps macabre, il se sentait encore plus changé, encore plus monstre. Dans ces moments là, il ne se comprenait plus. Lui qui avait toujours été très pragmatique, le temps était presque une évidence, et perdre cette notion, c'était se perdre un peu aussi.

D'autant plus que cette perte de cette notion s'accompagnait bizarrement par un ennui existentiel qu'il arrivait difficilement à gérer au jour le jour. Il se retrouvait calfeutrer dans son appartement, parfois ne sortant pas pendant plusieurs nuits, jusqu'à ce que la faim se fasse trop forte, et qu'il doive sortir pour ne pas devenir fou. En trois ans, il avait à peu près vu et revu toutes les différentes distractions que pouvaient contenir son extérieur. Et comme la peur le grignotait de plus en plus, il osait de moins en moins faire appel à ses amis pour sortir le soir. Avant si prompt à organiser des sorties, il n'était plus à l'initiative d'aucune d'entre elles, et se contentait la plupart du temps d'attendre que quelqu'un se souvienne de son existence pour lui proposer quelque chose.

Cette journée avait été un clavaire, cette nuit ne promettait pas d'être mieux. Il avait bu la veille, donc pas de raison de sortir et personne ne lui avait rien proposé. Neel ne l'avait pas appelé depuis longtemps pour lui faire quelque commission et ne parlons même pas de Camille qui semblait l'avoir oublié. Il ne lui en voulait pas, il avait une vie lui, un enfant même, un travail et des amis. Il vivait le jour et dormait la nuit, comme tout le monde. Même si le monde d'Adriel se réduisait de plus en plus à Camille, ce n'était pas le cas inversement, et c'était sûrement plus sain comme ça. Cependant, quand il reçut un message de son ami, il oublia presque que les retrouvailles avec Camille ne sont jamais simples, parce que trop intenses, et ce fut avec un enthousiasme trop grand qu'il répondit à son message. Il se précipita pour se changer, une chemise toute simple et un jean gris, passa vite fait sa main dans ses cheveux, ses clés, son portefeuille. Il était dehors et la nuit venait à peine de tomber. Il était dans le bar, et Camille n'arriverait que bien plus tard.

Et quand il arriva, il le sentit bien avant même qu'il ne le remarque. Il sentit son odeur. Il ne se tourna pas vers lui, le laissant le reconnaître dans la foule, avec un peu de vanité. Ou pour ne pas montrer ses capacités étranges. Et il fut là, son accolade et son sourire. Et cela retournait le ventre pourri du vampire, faisait frissonner sa peau violemment. Comme s'il était encore vivant, finalement, comme s'il était un être humain avec des réactions physiques fortes le rendant vulnérable. C'était stupide. Il lui sourit en retour, un peu crispé, mais heureux en même temps. Les contradictions ponctuaient tristement sa vie. « Je ne savais pas que je devais avoir ton approbation pour faire des folies. Je tâcherais de m'en souvenir quand à trois heures du mat' je serai toujours dehors, la prochaine fois. » Pirouette, détourner, finir par mentir. C'était presque décevant de sa part, lui si candide et bienveillant. Petit regret et dégoût de soi, la pente descendante. « Tu es jaloux ? » Il entra dans le bar et tint la porte pour son ami, galanterie stupide qui lui fit mordre sa langue. Il alla direct au bar, commanda une bière pour eux deux sans poser de question à Camille, les habitudes entre amis reviennent toujours vite. « C'est sûr qu'avec un enfant, on devient raisonnable, hein Camille ? » Il se moque un peu.
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MessageSujet: Re: nights should last forever - Adriel    Dim 8 Nov - 16:15

nights should last forever
Heureux de le revoir, enfin. Obsessionnel, le monde autour de lui s'éteint quand il est à la recherche d'autre chose, et les autres personnes du bar disparaissent, pauvres vagues informes. Adriel, c'est le seul ami avec lequel il a gardé contact. De l'ancien groupe de paumés, il ne reste que Maxime qui n'a jamais accepté son éloignement. Il a d'autres amis, des moins sains d'esprits, toujours à chercher querelle aux monstres, il a beau passer des soirées entières en leur compagnie il ne sent jamais aussi à l'aise que maintenant. Un rictus infâme se forme sur son visage à ses questions, les mots du français sortent toujours trop vite pour que son éducation l'en empêche. « Mon approbation non, mais c'est trop risqué de sortir seul jeune homme. Au moins, je pourrais cogner si des gens t'emmerdent. » Macho et grande gueule, il joue toujours à l'homme dur et puissant, ceux qui ont des gros muscles et peu de cervelle. Tout ça pour ne pas avouer à demi-mots qu'il n'aime pas l'imaginer en d'autre compagnie. C'est moins risqué de passer pour un pauvre con trop protecteur envers son meilleur ami que pour ce qu'il est réellement. N'importe qui l'enverrai bouler pour ce genre de réflexion, même sa fille, qui clamerait qu'elle est assez grande pour se protéger toute seule. Jaloux ? Il l'est, parfois à en crever. À le crever. S'il osait, ses mains se fermeraient autour de la gorge d'Adriel, tout simplement, pour le condamner à l'éternité. Il pourrait inscrire son nom sur ses murs, sur son corps, le graver comme déjà acquis. Il en rêve, puis se réveille perdu entre ses draps, sans trop savoir à quel dieu s'en remettre. Ce ne sont toujours que des songes violents et biaisés, ceux qui n'ont de sens que lorsqu'on dort et qui perdent de leur magie au réveil. Pourtant il est jaloux, sans aucun doute plus que n'importe quel autre homme que le brun a côtoyé. Et ils ne sont qu'amis, que cela pourrait-il être si leur histoire était différente ? L'envie de répondre par l'affirmative s'écorche dans sa gorge et il se contente de rire, ça sonne trop faux pour être propre. « Je suis heureux que tu réussisses à t'amuser sans moi, tu deviens un homme mon cher petit anglais. » Ces quelques nuits et ces démons sont toujours gardés sous silence, Camille est incapable de dire s'ils en ont déjà parlé ne serait-ce qu'une fois. Comme si ça n'avait jamais existé. Si jamais Adriel abordait le sujet, Camille aurait tout rejeté d'un vague signe de la main, loin d'accepter cette part de lui. C'est ridicule pour un homme de trente ans qui passe ses nuits au creux des bras des femmes payantes.

Un haussement d'épaule, un sourire. L'arrivée de sa fille a douloureusement changé sa vie. Ce qui n'était au départ qu'une histoire d'amour tranquille s'est transformé en chose durable, plusieurs années difficiles où les disputes ont fini par s'enchaîner. Toujours pour les mêmes raisons, la casse, les sorties tardives et louches, la possessivité malvenue de Camille. Puis père à mi-temps il a fini par s'occuper davantage de sa fille pour passer ses soirées avec elle, essayant de rattraper les années qu'il a foiré. Il est devenu plus adulte, mais ça l'effraie encore alors c'est plus simple de balancer une phrase toute faite comme ses parents l'auraient fait, « Tu verras quand tu auras un môme, sale gosse va. » Bordel, il devient aussi con que ses vieux. « Mais demain, je te réquisitionne, tu diras à tes nouveaux...amis que tu as plus important. » Plus important, c'est lui. Il veut ce titre, il a toujours voulu être plus important que les autres. Pour le monstre, pour Maxime, pour sa fille, mais surtout pour lui. Un ego faussement surdimensionné pour satisfaire sa peur de n'être rien de plus qu'un humain qui traverse les époques avant de mourir trop jeune à cause de ses conneries. Comme un gosse qui a besoin d'être rassuré jour après jour par ses parents qui lui promettent une dévotion durable. Mais ses parents, il ne leur parle plus depuis sa majorité et sa fuite, eux qui n'ont jamais considéré sa croyance, ni ses amours plus ou moins étrangers à leurs yeux. L'Anglais s'est tout ramassé dans la gueule à ce moment, le seul à lui offrir son épaule et ses bras sans conditions. Les doigts du blond entourent le verre de bière et un soupir heureux s'échappe quand le liquide ambré s'enfonce dans sa gorge. Putain de bonheur. « On va partir en vadrouille. Rien que toi et moi. Ni Maxime, ni Athénaïs. » Érigée au rang de meilleure amie et d'entremetteuse, ça fait des années que Maxime insiste pour squatter leurs soirées, attablée dans son coin avec différents hommes ou femmes tout en les observant et en faisant de grands signes à Camille pour qu'il se bouge ne serait-ce qu'un peu. Il en ri souvent, mais cette fois il ne veut pas, il veut juste être seul avec lui, le retrouver comme avant. Ça fait quelques années qu'Adriel a changé, et malgré sa lenteur de compréhension exceptionnelle, Camille commence à s'inquiéter. « Tiens, et pour que tu dises oui, j'apporte le petit-déjeuner ! T'as rien à faire, juste dire oui. Y'a des expos dans les librairies, des films au cinéma, on peut partir sur ma moto et faire un tour, conduire jusqu'au lac le plus proche et se baigner même avec de l'eau à moins dix. » Il a ses yeux de gamin. On ne dit jamais non à ce regard, il l'a testé pendant des années avant de s'en rendre compte, un air de supplication mélangé à de l'innocence, il ne sait pas trop. Ses autres amis finissent par lui balancer des trucs sur la tête quand il fait ce regard, mais lui ne le fera pas. Mais il en rajoute avec une petite voix après avoir bu une autre gorgée ;  « tu dis oui hein ? » Il n'ose pas imaginer sa réaction en se prenant un non dans la tronche. Ça ne serait pas beau du tout, un animal blessé allant se replier dans son trou pour cacher sa dignité brisée. Le français fini son verre avant de faire un signe au serveur pour qu'il pose deux nouvelles bières sur leur table. Une hésitation. « Écoute... je suis désolé d'avoir disparu de la circulation ces dernières semaines. Beaucoup de chasses. Ils sont partout. » ça sonne comme un complot international. Plus les jours avancent, plus il les voit. Les monstres. Les choses.
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MessageSujet: Re: nights should last forever - Adriel    Dim 22 Nov - 15:27


LES NUITS PÂLES

Adriel l'écoutait attentivement, en ne dévoilant aucune de ses réactions, en n'intervenant même pas verbalement. Il avait un petit sourire en coin, pour lui montrer qu'il saisissait l'humour de son ami et pour ne pas le rendre inconfortable. Mais à l'intérieur, ce n'était ni l'humour, ni l'indifférence. C'était une grosse dose d'angoisse et d'ironie, un rire jaune terrible qui le faisait trembler. Il avait mis sa main gauche dans sa poche pour limiter la casse et sa main droit était crispée autour de son verre. Il n'hochait même pas de la tête pour signifier qu'il l'entendait. Il évitait les gestes parasites pour ne rien dévoiler. Il ne faisait que lever son verre jusqu'à ses lèvres, ses lèvres si sèches. Il sentait le liquide descendre dans son oesophage, jusqu'à son estomac pour ensuite venir se mêler au sang frais de la veille. Ce sang qu'il avait volé et qui maintenant transportait l'alcool jusqu'à son cerveau qui tournait à vide.

Les remarques de son meilleur ami ne lui donnaient pas envie de rire, car elles mettaient en relief, une part une, toutes les choses dérangeantes qui s'installaient entre eux sans que Camille n'en ait conscience. Parce qu'il n'avait clairement plus besoin des poings de Camille pour se défendre. Il n'en avait jamais eu besoin, mais maintenant entre eux deux, c'était bien Camille le moins fort. Même si cela ne se voyait pas. Il priait intérieurement pour que jamais Camille ne se retrouve être sa proie. Ce serait l'ultime blessure faite à leur amitié déjà sur une pente dangereuse. Et puis, ses nuits étaient depuis longtemps dénuées de tout intérêt festif. Fut un temps où il aimait sortir et se mêlait aux corps des autres dans les foules et dans l'intimité. Mais depuis il y avait eu Camille imprimé sur sa rétine et puis il y avait eu l'accident. Alors, la nuit n'était plus la même. Mais que Camille croit ça, car le jour où il saurait, tout deviendrait pénible pour Adriel. Qu'il continue à croire qu'il était devenu un homme, un vrai, alors qu'il était tout simplement devenu autre qu'un homme, une créature de sang.  Cette conversation devenait pénible. Et son verre était presque vide.

L'évocation d'Athénaïs était presque un souffle, où il put se permettre de sourire vraiment. Il avait conscience que son ami n'était pas encore totalement plongé dans l'horreur absolue grâce à cette fille. Et non grâce à lui. Parce que s'il voulait vraiment se mêler à l'obscurité chez son ami, s'il voulait y faire quelque chose, il risquait juste d'aggraver les choses. La remarque était encore plus déplacée quand on songeait au fait qu'il ne pourrait jamais avoir d'enfant, qu'il n'y avait jamais pensé et que parfois il pensait à Athénaïs comme sa propre fille, ce qui était absurde. Mais la conversation n'en finissait plus de suivre une pente tragique et ironique, une pente qui faisait vriller le cerveau d'Adriel et lui faire presque regretter d'être sorti. Sauf que cette sortie, il en avait envie. Il en avait besoin. Tout ce que Camille décrivait, ce petit moment de répit, rien qu'à deux, le lac et la moto. Et Camille qu'il imagina tout à coup nu au bord du lac, dans l'eau, contre lui. Il finit son verre en une dernière longue gorgée, en ne répondant toujours pas. Il était confronté de la plus rude des manières à ses envies et à ses possibilités. Car le jour ne lui appartenait plus et la nuit était dangereuse et que ce moment dans ce bar c'était la dernière forme de rencontre qu'il pouvait lui accorder. Et il avait envie d'aller contre ça, même s'il ne le pouvait pas. Il fit l'erreur de le regarder encore, de voir son visage. il était éclairé et suppliant. Il n'avait jamais pu dire non, et ce n'était pas ce soir que cela changerait. Alors il se tut encore après la question ouvertement posée, pour avoir la chance de reculer la folie.

Mais la folie était déjà là, entre eux, et les derniers mots de Camille en attestèrent d'eux mêmes. Il y avait cette violence dans ce corps pourtant ami. Cette violence contre lui, même s'il ne le savait pas. Et Adriel se demanda une énième fois, quand serait-il d'eux quand il allai l'apprendre, quand il allait le comprendre. Camille devait fermer les yeux pour ne pas avoir compris encore alors qu'il côtoyait ces monstres, comme il disait, quotidiennement apparemment. Son visage se crispa contre son souhait et son regard se perdit loin au dessus de l'épaule de Camille vers le fond du bar, comme pour trouver une porte de sortie. Mais il n'y avait pas de sortie, et il était l'un des derniers remparts de Camille contre l'autodestruction.  

Il prit le nouveau verre qu'on lui avait servi et but la moitié d'une traite, avant de prendre une décision folle, mais la seule qu'il pouvait prendre. Il allait se mettre lui en difficulté dans une dernière prise de risque, juste pour essayer de tirer Camille de tout ça. Il mit sa main sur son épaule, de façon ferme, et le regarda dans les yeux. « Demain, ce n'est que toi et moi. Pas de monstre, pas de chasse, pas de vengeance, pas de peur. » Instinctivement, son pouce se mit à caresser l'épaule de ce colosse. Il but le reste de sa bière en gardant sa main sur son épaule. Il sentait bien que l'alcool mêlé au sang frais ne lui réussissait pas, mais il n'avait pas le temps de prendre de bonne décision, raisonnable et sans risque. « Après tout, tu me dois bien ça. J'ai beau savoir m'amuser sans toi, ce n'est jamais très agréable de se sentir abandonné par son meilleur ami. » Il réussit même à lui faire un vrai sourire. « Et n'oublie pas, je préfère un pain au chocolat au déjeuner. Si tu me ramènes un croissant, tu peux aller te faire foutre. » La petite violence dans son langage lui permit de se dégager un peu de toute la rage qu'il ressentait en lui contre Camille, et contre lui-même. Il faisait une bêtise, maintenant. Mais tant pis. « Et ... Ce serait  bien que tu ... j'ai pas très envie que tu me racontes. Je suis désolé ... » Il devenait incohérent, mais il n'avait vraiment pas envie de s'imaginer Camille couvert de sang, parce que ce sang, ça pourrait être le sien, dans un sens.  Mais il avait conscience que ça ferait du bien à son ami de pouvoir trouver quelqu'un d'assez sain d'esprit pour l'écouter et le rassurer sur ce point. Mais ce ne serait pas lui.
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MessageSujet: Re: nights should last forever - Adriel    Dim 29 Nov - 18:20

nights should last forever

Une main sur son épaule, et un astucieux « tu peux aller te faire foutre » qui ne ferait fondre personne d'autre que Camille. Putain, il craint. L'alcool craint, ce qui se déroule depuis des années craint, et dès qu'il s'en rend compte le blond, il a juste envie de s'exploser la tête contre un mur pour tout effacer. Son lui normal répondrait sûrement quelque chose là, non ? Il grimace, un sourire un peu penché, et marmonne ; « You wish. » Parce qu'il n'a aucune idée de comment ça se dit en français, ça. Ça existe, d'ailleurs ? Pourtant, c'est lui le français censé être au courant des expressions. Au moins, ça l'a détourné de ses pensées absurdes et maintenant il peut se concentrer sur les mots d'Adriel. Cessera-t-il un jour de considérer son meilleur ami comme une créature fragile et dépourvue de toute force ? Abruti de base, comme ces sportifs américains qui toisent tout d'un œil hautain, persuadés d'être dans le haut du panier grâce à leurs qualités plutôt... subjectives. C'est sur ce compte là qu'il met son silence de quelques minutes, sans réfléchir plus loin. Le blond a une capacité d'oubli à toute épreuve. Au fond de lui, il sait. Il lui suffirait d'ouvrir les yeux quelques minutes, de sonder la vérité quelques secondes pour savoir ce qu'il advient de son ami. « Je ne dirais rien alors. » Un sourire doux, peu de gens veulent entendre parler des monstres. Encore tabou, ou trop douloureux, trop inquiétant. On ne parle que rarement de ce qui dérange, et encore moins de ceux qui les chassent. Puis, il peut bien trouver d'autres sujets de conversations que le sang et la mort. Sa fille, la ville, il peut se mettre à déclamer des poèmes pour peu que cet air qu'il déteste s'efface du visage de son meilleur ami.

Et soudain, ses doigts s'envolent contre sa joue, dessinent quelques secondes contre sa peau. Un air concerné, un peu triste et inquiet. Il n'a pas envie d'enlever ses doigts de là, il n'a jamais eu envie. Il rabat une mèche de cheveux folle derrière l'oreille d'Adriel avant de reposer sa main menaçante sur la table. « Tu as vraiment l'air fatigué. » Un petit surnom a failli s’immiscer entre ses lèvres, un nom tendre, presque amoureux, une caresse de langage qu'il ne peut se permettre. La chaise se fait douloureuse, ils doivent bouger avant que ses nerfs ne lâchent, du coin de l’œil il est persuadé d'en voir. Ces vampires, ces sirènes, ces étranges qui effacent la vie d'un frôlement. Partout, ils peuplent sa réalité et ses cauchemars, et il ne parvient plus à faire la différence.

« Come on, little guy. » Les mots virent à l'anglais quand il commence à boire, une habitude adolescente qu'il a conservé par mépris de la vieillesse. Quand il écumait les bars par dépit, en essayant d'enfouir ses pensées au fond des verres de whisky, et qu'il jouait au mec cool, baraqué et bilingue. Bilingue de rien du tout d'ailleurs, après des années à côtoyer l'anglais il reste définitivement nul en langues étrangères. Mais il continue sur sa lancée, ses doigts se glissent contre sa taille pour le relever et l'amener vers la sortie, deux bouteilles en verre dans l'autre main. Ils ne vont pas s'arrêter de boire maintenant, voyons. Il lui faut quelques pas dans l'air frais pour défaire ses doigts ancrés dans son haut, et prendre le pas sur lui, diriger la marche. Comme toujours. Incapable de rester en retrait ou à ne rien faire. « Let's go tooo... » Mine de réfléchir, il jette des yeux brillants autour d'eux. Les rues sont pleines encore, ils sont libres de faire ce qu'ils désirent. Se balader en hurlant, bras dessus,bras dessous. Il pourrait même balancer les bouteilles pour avoir ses deux mains libres, et les ficher sur les joues d'Adriel pour l'attirer vers lui, au milieu d'un monde qui s'en fout. L'alcool ne lui réussi pas, jamais. Qu'il soit violent, amoureux, heureux, triste, l'alcool l'attire au centuple, annihilant les barrières qu'il a mit ce qui semble être des siècles à préserver. Où pourraient-ils aller ? Dans les catacombes ? Il connaît un chemin, ses traques lui font découvrir des lieux tout simplement merveilleux. Mais ce serait trop tentant, trop osé pour lui de se retrouver à l'abri de tout regard. Il grogne, un peu. Paris c'est beau, mais ce n'est jamais calme. Quelques secondes pour se repérer, mais une hésitation coure sur sa langue, un petit truc malsain qui l'obsède. « J'sais pas où je veux aller. T'as des films à voir, chez toi ? » Il ose, s'impose, et ne se permet pas de le regarder. Peur de se prendre un refus dans la tronche. Il continue de marcher, de le guider, avant de sourire devant une volée d'escaliers dissimulées. Une nouvelle fois la main au creux des reins, plus pressante qu'il ne le voudrait, et il le pousse vers les escaliers, s'effondrant lui-même sur une des marches, la tête penchée en arrière. L'air boudeur, comme toujours. « On ne voit pas les étoiles ici. Je trouve ça triste. On va les voir, demain soir ? » Il serait capable de conduire des kilomètres si seulement Adriel lui disait oui, juste pour trouver l'endroit idéal. Maxime lui dirait qu'il est flippant avec les gens qu'il aime, capable de tout et n'importe quoi. Surtout n'importe quoi.  
(c) AMIANTE
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