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Semper eadem

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la nuit je mens, à Paris je me fonds

MESSAGES : 264
DATE D'INSCRIPTION : 10/10/2015

MessageSujet: Semper eadem   Mar 13 Oct - 19:59

Semper eadem  ϟ toujours le même.

D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange,
Montant comme la mer sur le roc noir et nu ? "
- Quand notre coeur a fait une fois sa vendange,
Vivre est un mal. C'est un secret de tous connu.


Cheminement facile. Habitude ancrée. Les retrouvailles, comme à chaque fois. Priam souriait rarement. C'était un instant unique, quand ses lèvres s'étiraient, non par malice ou amusement, mais dans une sincérité de la joie. Comme quand il songeait à Ambroise. Alors, ses pensées s'étiolaient d'un bonheur sans limite, et son visage adouci suivait les circonvolutions du coeur amant intemporellement. Si une personne sur cette terre avait une importance plus grande que quiconque, c'était la gargouille qui jouait rôle de frère, d'ami, d'ombre. Une âme soeur fraternelle. Les mains aux poches, qui se cachent du froid qu'elles ne ressentent pas. Les détours des ruelles de Paris. Leurs odeurs étranges, mêlées de parfums et d'égouts. La rixe de la belle Paris face à ses rats des bas-étages.  Froncement du nez. Les narines qui frémissent. Effluves désagréables, Dieu qu'il les déteste. Course rapide, d'un pas fauve. Les sens qui hérissent le corps. « Que- » glapit-il contre ses dents, les mots dévorés avant d'être échappés des lippes. Il tourne le regard vers une autre rue. Une autre traversée d'ombres. Il n'y serait pas allé si quelque chose ne l'y avait poussé. Les poils qui se hérissent, comme des écailles, comme des dalles de pierre, d'autres mondes et d'autres corps qui se heurtent dans la seconde où il baisse ses iris fendus de félin sur la forme sombre à ses pieds.  « Ambroise. » Les mots lui ont échappés. Du grec ancien. Il a toujours aimé appeler son frère dans leurs consonances antiques. La gargouille sent une légère panique le gagner. Contrôle ancestral, qui ne camoufle pas les mains qui tremblent, quand il se penche et ramasse la forme blessée d'Ambroise. Chat noir aux ailes représentées par deux tâches blanches dans le dos. Il caresse la fourrure, rencontre des blessures fraîches. Doigts maculés d'un sang qui le rebute. Plaies qu'il rejette.

« Rentrons» continue t-il d'un ton calme, apaisant, en caressant le matou noir. Le temps d'une seconde, sa main semble griffue, tordue sous une carapace de pierre. Mais les gestes de ces doigts osseux et alcalins sont d'une délicatesse consommées ; aucune douleur pour la bête, venant de la créature venue du fond des âges. Mais le chat lui-même est plus vieux encore. Priam le serre contre lui, le protège du vent, et sans faire attention au chemin pris, par habitude, qui le mène vers la maison d'Ambroise, dans les beaux quartiers. Il sort une clé, pénètre les lieux familiers. Là où est Ambroise, il est chez lui. Il dépose le chat près de lui, très doucement. « Peux-tu reprendre forme humaine ?» La voix est comme une tonne de gravats qui passeraient à travers un sac. La voix d'un être de pierre. L'inquiétude, pourtant, perce comme la rouille sur le fer. Sûrement audible pour la gargouille qui a passé des siècles avec lui. « Tu es faible.» Si cela pourrait sonner comme une injure, c'est pourtant dit avec une grande douceur. Le petit corps se soulève au rythme des respirations. Priam se penche sur le félin, forme une coupe avec ses doigts, le fixe de ses yeux fendus comme pour soutenir par ce détail l'être à qui il tient le plus. « Il va te falloir du repos. » Il a rarement vu Ambroise perdre. La chose contre laquelle il s'est battue devait être sacrément forte. Il voudrait le presser de questions, lui faire remarquer qu'à deux ils sont plus forts, mais pas le temps. Ou, plutôt, ils ont tout le temps pour se chamailler. Priam est un enfant éternel ; il ne lâchera pas le morceau, vexé que Ambroise n'ait pas fait appel à lui. Mauvaises raisons de son égo. Il se briserait en mille morceaux de roche si il en venait à penser que Ambroise n'a plus besoin de lui.

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